Le
stylo-plume "Hagoromo":
Ce superbe stylo-plume est remarquable quant à
sa composition centrale et ses 3 couleurs dominantes: le rouge
"shu", le noir "roiro" de la couche portant
le décor, et l'or très présent.
-la couche de fond est appelée "roiro":
c'est le plus beau et brillant noir que les artistes-laqueurs
obtiennent, avec des matières de qualité supérieure.
-La technique principale est "Taka-maki-e",
soit un décor en relief." Taka " signifie
" élevé, haut "; cette technique est
un des piliers du maki-e et s'est développée
dès le XIVème siècle. Le laque épais
" Hakushita-urushi " est teinté dans la masse
de poudre d'or ici, et donne" Kin-taka-maki-e ";
puis ce premier mélange est épaissi par l'ajout
de matière poudreuse (ex : charbon de bois) pour créer
une peinture légèrement en relief, appliquée
sur une couche durcie. Le relief est accentué par la
superposition des couches, puis le tout est recouvert de laque
translucide pour la finition.
-le personnage central prend une pose typique du théâtre
Nô, en se cachant en partie derrière son éventail
(même les rôles féminins sont joués
par des hommes, qui portent un masque blanc). Les costumes
et accessoires du théâtre Nô sont magnifiques,
et l'artiste a su rendre cette richesse dans tous les détails
de la robe, la tiare et l'éventail.
Sur un fond de peinture "shu urushi" (laque pigmenté
de rouge), l'artiste a créé en taka-maki-e de
poudres d'or un décor de glycine pour évoquer
les broderies de la robe "haku", dont les plis sont
esquissés avec le même procédé.Cette
robe est réalisée sur les deux parties du stylo,
avec une correspondance parfaite des dessins. Elle se termine
en un dégradé subtil qui permet de laisser la
place au décor du pin.
L'éventail, le visage et la tiare sont époustouflants
de beauté et de savoir-faire. Le visage ressort beaucoup
et attire le regard, car l'artiste a choisi de le traiter
en or, et non pas en peinture pigmentée de blanc cassé,
ou en "rankaku" (coquille d'oeuf compressée),
comme on aurait pu s'y attendre pour rendre le blanc du masque.
Il n'a pas d'expression particulière pour rendre l'aspect
figé des masques féminins qui ne portent pas
de sourire. La tiare est exquise, et porte des incrustations
de "kirigai" : éclats de nacre bleu-rosé
d'ormeau, taillés et collés dans le laque frais;
elle est surmontée d'un oiseau qui dans la réalité
est factice mais pourvu de vraies plumes. Celles-ci sont rendues,
comme toute la tiare, en or taka-maki-e, avec un souci du
détail puisque l'on distingue les "yeux"
des plumes de paon.
-le pin qui porte la robe évoque la première
partie de la pièce Nô, et le traitement en est
assez sommaire car ce n'est pas le sujet principal du décor
du stylo. Ainsi la robe est juste esquissée. Le pin,
plus détaillé, est en or taka-maki-e et ressort
bien sur le fond noir "roiro".
-la plage au pied du pin est esquissée par une
pluie de paillettes "Nashiji" que l'on retrouve
sur le haut du capuchon pour évoquer les lumières
de la scène. Le "Nashiji-maki-e" est une
technique de saupoudrage de paillettes plates et irrégulières
d'or " kin nashiji ", d'argent " gin nashiji
" ou autre métal, sur un laque humide. Ce nom
vient de la poire " nashi ", pour le rendu finement
tacheté de sa peau. Ces paillettes (environ 8 graduations)
sont pulvérisées avec un tsutsu (tige creuse
de bambou), sauf les plus grosses, les " gyôbu
nashiji ", piquées et appliquées à
l'aide d'une aiguille. Cette technique est parfois appelée
" flocons d'or ". Elle donne ici un dégradé
progressif : l'artiste commence par les plus grosses paillettes,
en veillant qu'elles ne se chevauchent pas, puis il applique
les plus fines.
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"Hagoromo", la robe Céleste
de plumes.
Un matin de printemps, un pêcheur nommé
Hakuryo, part à la pêche avec ses compagnons.
Il découvre alors sur la plage de Miho-no-matsubara,
étendue sur la branche d'un pin, une magnifique robe.
Il s'apprête à l'emporter chez lui, mais une
céleste jeune fille apparaît alors et lui demande
de lui redonner cette robe. Au début, Hakuryo
refuse; mais il est ému par cette jeune fille insistante,
qui lui signale qu'elle ne peut retourner chez elle au paradis
sans cette robe céleste. Il se décide donc à
lui rendre cette magnifique robe de plumes en échange
d'une représentation de danse céleste.
Alors que la jeune fille revêt sa robe de plumes, et
joue cette danse qui décrit le Palace de la Lune; elle
fait ainsi l'éloge du printemps à Miho-no-matsubara.
Et finalement, elle disparaît dans la brume par delà
le Mont Fuji.
"Hagoromo" au Théâtre Nô :
Cette pièce de théâtre nô est
basée sur une légende très connue de
la robe céleste de plumes.
Dans le conte populaire, la jeune fille est contrainte d'épouser
le jeune homme qui a pris et caché la robe céleste.
Mais dans la pièce nô, le jeune homme Hakuryo
rend la robe céleste de plumes. Il suspecte d'abord
la jeune fille de vouloir repartir au paradis sans exécuter
au préalable sa danse céleste. Mais celle-ci
répond que de tels doutes appartiennent au monde terrestre
et qu'il n'y a pas de supercherie au paradis. Hakuryo,
impressionné par ses paroles, décide de lui
faire confiance et lui rend la robe.
La danse de la jeune fille est la clef de voûte de cette
pièce nô. Cette danse est appelée Suruga-mai.
Le décor de cette pièce nô comprend la
mer calme du printemps, le sable blanc de la plage, les pins
luxuriants et verts. La danse exquise de la jeune fille entraîne
la bonne humeur des acteurs nô et du public.
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