Le
stylo-plume SUPREME "Okina":
Ce stylo déroule la stature entière
du Shite, l'acteur principal, portant le costume et le masque
de Okina. Il est entouré d'un halo de paillettes d'or
"Nashiji" qui ressort sur la couche de fond noir
"Roiro" (le plus beau noir brillant obtenu en techniques
de laquage). Okina représente un dieu: le costume est
somptueux, à la "mode" de l'ère Heian
(714-1192), comme dans les manuscrits illustrés de
"Genji Monogatari" (les contes du Genji, voir sur
ce site les stylos concernés).
Les princes et dignitaires de la Cour portaient alors une
"robe" brodée en soie jusqu'aux genoux,
aux pans ouverts et aux manches démesurément
larges, bordées d'un lien pour les rétrécir
au besoin. Cette robe ou chasuble "kariginu" est
maintenant en soie brochée (le broché est un
tissage qui n'existait pas sous l'ère Heian); elle
était portée sur un pantalon bouffant
"sashi-nuki".
Pour rendre la beauté des tissus, l'artiste maki-e
a peint les motifs évoquant les broderies à
la peinture urushi or, très légèrement
en relief, sur un laque coloré. Les motifs du pantalon
sont plus en relief, grâce à la technique d'élévation
d'un motif par accumulation de peinture poudrée d'or
et épaissie.
Les hommes ne se séparaient pas de leur "tate-eboshi",
une coiffe haute de soie laquée, en forme de
cône et nouée par un lien; elle était
réservée aux hauts-dignitaires et marquait leur
rang. Elle est un signe extérieur de l'importance du
personnage "Okina". L'artiste maki-e a rendu l'aspect
brillant de cette coiffe en saupoudrant densément le
fond roiro de paillettes d'or "Nashiji", et en délimitant
sa forme par les cordons, traités en "gin-yugi":
accumulation de peinture urushi à base de poudre d'argent
et épaissie par une charge. Les liens des manches sont
identiques et "structurent" la silhouette avec ceux
de la coiffe.
A cette époque, hommes et femmes arboraient de somptueux
éventails ("Ogi") dont ils se servaient
quotidiennement. L'éventail du Okina fait partie intégrante
de son jeu de scène (comme pour les autres acteurs
du Nô); c'est une très belle pièce. L'artiste
a choisi de ne pas mettre en avant l'éventail, traité
ton sur ton avec le tissu de la robe, et vu en perspective
fuyante.
Le masque "hakushiki-jo" réservé
au rôle du Okina était en ivoire...blanc ou doré,
ou en bois non coloré, (maintenant en céramique
peinte). Il est très important; il représente
un dieu sage, bienveillant et plein de compassion qui répond
avec un sourire aux prières des hommes; ses traits
évoquent un homme âgé, plus proche de
la mort, donc des esprits et des dieux. L'artiste a fait un
masque très réaliste et dont on distingue bien
les détails habituels: sur un fond d'or en léger
relief "Taka-maki-e" dont les ciselures évoquent
les rides, l'artiste a créé certains attributs
en "gin-yugi" (voir ci-dessus): les "ronds"
du front, la longue barbichette et les attaches de la mandibule
amovible. Ces motifs argentés font écho aux
liens et aux éléments de décor de la
scène, au-dessus du Okina.

http://www2.ntj.jac.go.jp/unesco/noh/en/noh_plays/okina.html
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Okina:
Cette forme théâtrale est avant tout une
cérémonie shintoïste, qui emprunte les
techniques et l'espace du Nô pour s'exprimer.
Okina est jouée à la nouvelle année,
et pour quelques manifestations exceptionnelles.On la nomme
aussi "Shiki Sanban" ("les trois rituels",
qui sont "Chichi-no-jo", "Okina" et Kyogen
sanba-sarugaku").
Elle trouve ses origines dans "Sarugaku", la voie
classique du Nô. Le jeu théâtral se danse
habituellement sur les 3 rituels, dont le but est d'appeler
la paix, la sérénité et l'abondance des
moissons sur la Terre. Cette cérémonie véhicule
un mysticisme positif car elle bénit toutes les personnes
présentes.
Les rituels s'accomplissent aussi en coulisses, avant la représentation;
dans un espace appelé kagami-no-ma, un autel
shinto est dressé pour accueillir des offrandes: le
omiki (saké sacré), le gosenmai
(riz béni) et l'oshio (sel purifié).
On y présente aussi les accessoires des comédiens:
omote (masques), ogi (éventails), eboshi
(coiffes), et les tachi (sabres).
De même, les acteurs de Okina suivent tout un éventail
de coutumes traditionnelles avant la représentation.
Par exemple, le shite ( acteur principal) reste un
long moment immobile devant un miroir, le kagami, pour
bien s'imprégner de son rôle, dans le "kagami-no-ma
où a été dressé l'autel.
Chaque acteur prend aussi un verre de omiki (saké).
Le feu sacré Kiribi (des étincelles provenant
d'un silex) est versé en pluie sur la scène.
Ces actions purifient les lieux et les acteurs.
Arrive alors le début de la pièce. Quand le
agemaku (rideau de scène) est levé, le
kyogen-kata, (un des comédiens) apparaît
en tenant une boîte : menbako, qui contient les
masques hakushiki-jo et kokushiki-jo, et une
cloche pour le Sanbaso (troisième personnage).
Chaque masque est ainsi présenté au public avant
que les acteurs ne les portent car ils sont des objets de
culte. Certains sont très anciens et sont conservés,
le reste du temps, dans des sanctuaires shinto.
Les acteurs rejoignent leur place sur la scène, puis
le jeu de danse commence.
Pour clôturer la représentation, le personnage
Okina enlève le masque et quitte la scène avec
un arc remis un peu plus tôt.
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